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C’est les vendanges !

Nous sommes en septembre et qui dit septembre dit vendanges. Comment ne pas parler de la filière vinicole, qui a une importance économique mais aussi culturelle toute particulière en France ? Il faut dire que la viticulture est la troisième filière du secteur agricole et cumulait environ 130 000 emplois dans l’hexagone en 2005. La France demeure le premier pays producteur de vin en valeur et en volume. Tous les vignerons le disent : 2011 est une année hors-normes, précoce. Ainsi, le climat que nous avons connu a été exceptionnel, et il est difficile de deviner ce que donnera le cru 2011. Quoi qu’il en soit, nos vins, véritables symboles nationaux, s’exportent de mieux en mieux, malgré les fraudes et autres tromperies qui sévissent dans certains pays. La qualité de nos vins assure leur succès. Mais qu’en sera-t-il cette année ? Et la quantité sera-t-elle également au rendez-vous ?

Agro-media.fr analyse la conjoncture de la filière viticole pour vous. 

2011, une année singulière

Les conditions météorologiques de cette année ont été exceptionnelles. Ainsi, la sécheresse qui a sévi au printemps, suivie par un mois de juillet très pluvieux, ont largement bénéficié à la vigne. Selon Alain Brumont, du Château Montus, « la météo a été très favorable, et on sait déjà que 2011 sera une grande année ». Les vendanges ont ainsi été très précoces, ayant parfois même commencé en août selon les cépages. Le réchauffement climatique n’y est pas étranger, comme nous le confirme le viticulteur : « en moyenne, on vendange autour du 5 octobre. Mais ça avance de plus en plus, la preuve… ». Ainsi, selon Jérôme Despey, président du conseil spécialisé de la filière viticole chez FranceAgriMer, « les vendanges ont débuté dans toutes les régions », et ce dès le début du mois. 2009 et 2010 ayant été des années exceptionnelles, la barre sera haute pour le cru 2011. Bien qu’il faille attendre la vinification pour émettre un quelconque avis, « les premières indications [sont] encourageantes en termes de qualité ». En termes de quantité, la production de 2011 sera moyenne, 6 à 7% plus importante que celle de l’année dernière, particulièrement basse. Selon Jérôme Despey, « au vu de la récolte actuelle et de l’état des stocks et des disponibilités qui sont en baisse par rapport à l’année dernière, il sera difficile de tenir les prix comme le demande la grande distribution. Nous estimons que les prix doivent progresser de 5 à 10% ». Le Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB), pour sa part, a pris la décision de mettre en réserve une partie de la récolte de cette année.

Une sortie de crise mouvementée et une consommation en demi-teinte

Comme de nombreux autres secteurs, le vin a été touché de plein fouet par la crise financière qui a sévi ces dernières années. Cependant, les viticulteurs commencent à voir le bout du tunnel et les finances s’améliorent. Ainsi, les ventes de vins de Bordeaux sont en plein essor après plusieurs années de crise pour la filière, et ce notamment grâce aux exportations. Ceci est d’autant plus remarquable que les chiffres étaient à la baisse depuis 1998. En 2008, les exportations avaient même chuté de 700 000 hectolitres en une seule année, soit 15% de la production ! Georges Haushalter, le président du CIVB, a ainsi eu l’honneur d’annoncer : « entre fin juin 2010 et fin juin 2011 nous sommes en progression à l’export de 23% en volume et de 34% en valeur ». Pourtant, les consommateurs français n’ont pas participé à ces bons résultats. Ainsi, les ventes en grande surface ont baissé de 2% en volume (malgré une progression de 4% en valeur). Vins rouges et vins blancs sont concernés par cette dépréciation des consommateurs. Seul le rosé parvient à tirer son épingle du jeu ! Il est le seul à enregistrer de fortes hausses de ses ventes aussi bien en volume (+ 21,8%) qu’en valeur (+ 31%). La reprise commerciale pour le champagne est aussi très bonne : selon le Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne (CIVC), au cours du premier semestre 2011, les expéditions de champagne ont progressé de 5,2% et l’on pourrait atteindre 330 à 335 millions de bouteilles d’ici la fin de l’année.

Quelles perspectives pour le vin français ?

L’avenir du vin français se conjuguera avec celui des exportations, étant donné que la consommation dans l’hexagone reste morose. Le CIVB l’a bien compris et a prévu un budget marketing de 17 M€ afin d’améliorer la communication autour de ses vins en Allemagne, en Belgique, en Chine, au Japon, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis mais aussi en France ! L’interprofession mise également sur le lancement d’une nouvelle marque, le « Claret ». Cette dénomination est bien connue des britanniques qui appelaient ainsi le vin rouge bordelais dès le XVIIIème siècle, et appartient toujours au CIVB. Georges Haushalter décrit ce « nouveau » vin comme « facile à boire, léger, fruité, peu tannique et destiné à séduire les nouveaux consommateurs ».

L’œnotourisme présente également un gros potentiel et est très prisé des consommateurs. Avec 79 millions de touristes par an, la France est le premier pays visité au monde. L’œnotourisme joue la carte du terroir, de la convivialité et de la gastronomie : autant d’atouts pour les visiteurs étrangers mais aussi pour les français eux-mêmes. A propos du terroir, il est clair que l’histoire de la vigne a suivi la même évolution que l’histoire de la France. Ainsi, depuis la première implantation de la vigne, dans le sud de la France, et son développement dans toute la Gaule par les Romains, les viticulteurs ont recherché les plants les plus adaptés à leur climat et à leur terre pour obtenir toujours un meilleur vin. Aujourd’hui, chaque région a ses caractéristiques et ses vins particuliers. Les viticulteurs misent sur cet atout naturel et les vins d’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) ont remporté un franc succès : on en comptait 70 en 1935, ils sont plus de 470 à l’heure actuelle. Attention cependant, la très grande variété de l’offre française  peut nuire à son développement à l’étranger en la rendant complexe et illisible.

Autre concept en vogue : les « bag in box ». Ces emballages facilitant la conservation des vins en vrac s’affichent comme des vedettes des foires au vin du printemps. On observe ainsi +4,7% de ventes sous ce format qui représente aujourd’hui 28,2% du volume et 17,3% de la valeur des ventes de vins tranquilles en grande distribution.

Enfin, le développement des vins va de paire avec l’essor des nouvelles technologies. Ainsi, les flash codes sont désormais monnaie courante sur les bouteilles de vin et les sites web dédiés au vin sont mondialement connus. Les portails multilingues s’ouvrent d’ailleurs sur de nombreux sites de vente. Cela suffira-t-il à attirer toujours davantage de consommateurs de vins français dans le monde ? L’avenir nous le dira. V.D.

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