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L’Allemagne, superpuissance agroalimentaire.

L’Allemagne est aujourd’hui un acteur incontournable de l’agroalimentaire mondial. Ses hard-discounters Aldi et Lidl, qui possèdent respectivement 900 et 1 500 magasins en France, ne représentent pas moins de 7% des ventes totales de la distribution française.

L’Allemagne est aujourd’hui un acteur incontournable de l’agroalimentaire mondial. Ses hard-discounters Aldi et Lidl, qui possèdent respectivement 900 et 1 500 magasins en France, ne représentent pas moins de 7% des ventes totales de la distribution française. L’industrie agroalimentaire allemande a dépassé son homologue français dans sa production et ses exportations.

Bien que les groupes agroalimentaires allemands soient rarement connus, ils n’en restent pas moins très performants. Ainsi, les entreprises produisant sous marques de distributeurs (MDD) sont nombreuses en Allemagne (elles représentent 41% des ventes nationales contre 35% en France). Les industriels tels que le chocolatier Krüger, le biscuitier Griesson-de Beukelaer ou le spécialiste des céréales Brüggen ne sont pas célèbres et pourtant tous incontournables dans leur secteur à l’échelle européenne.

De plus, alors que les volumes de production français stagnent, l’industrie agroalimentaire allemande connait au contraire une véritable croissance. Dans le secteur porcin, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 10 ans les abattages ont augmenté de 40%, passant de 3,4 millions de tonnes en 1995 à près de 4,8 millions de tonnes en 2005 ! Concernant le secteur laitier, les résultats ne sont pas moins impressionnants. En 2009, alors que la France produisait 23 milliards de litres, le lait allemand représentait 28 milliards de litres, ce qui fait de l’Allemagne le premier producteur européen de lait. 10% du marché français est d’ailleurs alimenté par le lait allemand.

Ces chiffres s’expliquent en partie par les différences de stratégie entre entreprises françaises et allemandes. En effet, dans le secteur laitier, alors que « les industriels français comme Danone, Lactalis, Bongrain ou Bel ont fait, eux, le choix de s’installer à l’étranger pour produire et d’exporter de France des produits à haute valeur ajoutée comme les appellations ou des produits à marques » (Jehan Moreau, directeur de la Fédération nationale des industries laitières [Fnil]), les allemands au contraire se sont tournés vers l’exportation. Ainsi, dans la filière porcine, les exportations sont passées de 225 000 tonnes à près de 2,2 millions entre 1995 et 2005. Les entreprises allemandes ont du s’adapter aux contraintes du marché allemand, qui est l’un des plus importants du monde mais également l’un des plus stables tout en poursuivant leur croissance en se lançant dans l’export.

Les entreprises agroalimentaire allemandes n’ont ni la même taille ni la même organisation que leurs homologues français. Ainsi, la moyenne française est à 40 employés pour un chiffre d’affaires de 13 millions d’euros alors que les allemands emploient 90 personnes et réalisent un chiffre d’affaires de 26 millions en moyenne.

Par ailleurs, les distributeurs allemands travaillent en partenariat avec leurs fournisseurs nationaux en leur confiant une large part dans l’assortiment de leurs magasins, alors que cela est beaucoup plus rare en France. Ceci permet aux entreprises allemandes de se rendre compte des besoins des distributeurs et d’adapter leurs productions à leurs exigences. La principale stratégie employée est celle de miser sur les volumes afin d’obtenir des prix assez faibles. Ces derniers sont également calculés au plus juste. Ainsi, il est quasi impossible de trouver une entreprise allemande acceptant de vendre à perte pour conserver un marché alors que cela existe en France.

Le secteur agricole allemand est également très performant. Les exploitations situées dans la partie orientale du pays sont grandes et modernes. Elles bénéficient en outre d’avantages fiscaux indéniables liés à la TVA et à la transmission du patrimoine. Les fortes incitations pour développer la mécanisation ont également porté leurs fruits : on compte 4 000 machines. L’énergie solaire est également bien développée. « Sans compter qu’en Allemagne, ils n’ont pas une administration comme la nôtre, qui nous oblige à mettre en place la contractualisation avec les producteurs ! », s’est emporté un représentant de l’industrie française.

Un autre avantage compétitif non négligeable concerne le coût du travail, très bas en Allemagne. Ainsi, le coût horaire du travail atteint 7€ outre-Rhin contre 20€ en France, selon le Sniv (Syndicat national des industries des viandes), soit une différence de 5 centimes d’euros sur le kilo de viande de porc et de 8 centimes d’euros pour la viande bovine. Selon le directeur du Sniv « l’industrie allemande de transformation des viandes emploie de la main-d’oeuvre polonaise, hongroise, lituanienne, en ayant recours à des sociétés intérimaires dans ces pays, aux conditions légales du pays d’origine, comme le prévoit la réglementation européenne sur le prêt de service ». Sauf que la directive Bolkestein sur les travailleurs indique que ce type de travail ne doit concerner que des missions spécifiques et limitées dans le temps, ce qui n’est pas le cas de l’Allemagne. Enfin, il faut savoir qu’il n’existe pas de convention collective pour le secteur des viandes outre-Rhin. Ainsi, il n’y a plus de salaire minimum depuis plusieurs années.

L’industrie française a donc porté plainte à ce sujet. Elle a déposé il y a quelques semaines une plainte en manquement d’État contre l’Allemagne auprès de la Commission européenne. Le gouvernement  français ne soutient pas cette initiative car l’axe franco-allemand est important dans la perspective de la réforme en 2013 de la politique agricole commune (PAC). Les industriels français espèrent un règlement à l’amiable dans les prochains mois, qu’ils obtiendront probablement, mais l’industrie allemande a pris de l’avance. D’autre part, des ententes franco-allemandes illégales auraient eu lieu : un ensemble de meuniers français et allemands auraient convenu des prix de la farine ménagère entre 2002 et 2008 pour limiter les échanges entre les deux pays. L’Autorité de la concurrence planche sur le sujet. V.D.

En complément de notre Analyse, n’hésitez pas à vous rendre à la 4ème édition du Colloque « Dynamiques industrielles et compétitivité des territoires » France-Allemagne sur le thème des agro-industries, organisé par le Conseil Général de Moselle les 4 et 5 mai prochain.

Pour plus d’informations sur :

  • la compétitivité des industries agroalimentaires françaises en europe, consultez le rapport de Philippe ROUAULT, Délégué Interministériel aux Industries Agroalimentaires et à l’Agro-industrie d’Octobre 2010.
  • sur la différence de compétitivité entre la France et l’Allemagne, tous secteurs d’activités confondus, consultez l’étude réalisée pour le Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Janvier 2011. 1ère partie & 2ème partie
ParLa rédaction
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