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L’aspartame, ou le déni du principe de précaution.

Cette semaine, agro-media.fr a décidé de se pencher sur un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre : l’aspartame. Cet édulcorant de synthèse, qui se cache sous le nom de code E951, est issu de la combinaison de deux acides aminés, la phénylalanine et l’acide aspartique.

Cette semaine, agro-media.fr a décidé de se pencher sur un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre : l’aspartame. Cet édulcorant de synthèse, qui se cache sous le nom de code E951, est issu de la combinaison de deux acides aminés, la phénylalanine et l’acide aspartique. Il a été découvert par accident par le laboratoire pharmaceutique Searle en 1965, alors que ce dernier cherchait un traitement contre l’ulcère ! Avec un apport énergétique de 2 calories par gramme (la moitié de celui du saccharose) et un pouvoir sucrant 200 fois plus important que celui du saccharose, l’aspartame s’est rapidement hissé au 2ème rang des édulcorants intenses les plus utilisés. Pourtant, l’aspartame présenterait des risques pour la santé. C’est en tout cas ce que révèlent de nombreuses études ayant porté sur cet additif. Cancers, accouchements prématurés, prises de poids… La liste des potentiels dangers de l’aspartame est longue. De leur côté, les autorités sanitaires ne parviennent pas à statuer sur ce sujet alors que 200 millions de consommateurs sont concernés par l’aspartame.  

Et le principe de précaution, lui, est totalement bafoué.

 Alors, comment en est-on arrivé là ? Pourquoi les autorités sanitaires ne mettent-elles pas en garde les consommateurs ?

Entre risques, prises de position et alternatives, agro-media.fr enquête pour vous sur cet édulcorant décrié.


Des risques multiples.

De nombreuses études ont tenté d’évaluer l’impact potentiel de l’aspartame sur la santé. D’ailleurs, ce dernier serait « de loin l’additif le plus étudié au monde », si l’on en croit Hervé Nordmann, le président du comité scientifique de l’Association Internationale des Edulcorants (ISA), qui regroupe les principaux fabricants de l’additif. Bon nombre de ces études ont été financées par l’industrie agroalimentaire, et de fait il est légitime de douter de leur pertinence. Les principaux risques mis en évidence par certaines études sont :

  • « un lien statistique entre l’ingestion régulière d’aspartame et l’apparition de certains cancers » chez les rongeurs, selon Morando Soffritti, directeur scientifique de l’Institut Ramazzini de Bologne, qui teste la molécule depuis 2005.
  • Des problèmes neurologiques dont l’épilepsie ou des maux de tête ont été mentionnés par des études dès les années 1980.
  • Un lien entre l’augmentation de la consommation d’aspartame et celle du nombre de tumeurs cérébrales a été mis en évidence en 1996 par une étude américaine.
  • Une prise de poids après ingestion d’aspartame a été constatée par plusieurs travaux dans les années 1990 et 2000. Ceci est d’autant plus étonnant que l’objectif premier de l’aspartame est son moindre apport énergétique !
  • Un risque accru d’accouchements prématurés pour les femmes enceintes consommant de l’aspartame a été mis en évidence par une étude danoise. Ainsi, selon les résultats de cette étude, le risque d’accouchement prématuré pour raison médicale a été augmenté de 30% chez les femmes buvant une canette par jour et de 80% pour celles en buvant quatre !
  • Une plus grande survenue d’accidents vasculaires cérébraux et cardiaques a été démontrée en début d’année 2011 par les premiers résultats d’une étude américaine.
  • Une régression complète et sans récidive après arrêt de la consommation d’aspartame de deux cas de fibromyalgie et douleurs rhumatismales qui étaient en échec thérapeutique ont été relevées par une étude française.
  • Une hépatotoxicité a été mise en évidence chez le rat par une étude indienne. Ainsi, la consommation à long terme d’aspartame entraînerait des lésions hépato-cellulaires et des modifications de la capacité antioxydante du foie.

 

Agences sanitaires : quand le principe de précaution devient le principe d’innocuité.

Alors que le principe de précaution est censé s’appliquer en matière d’autorisations sanitaires, pour l’aspartame il semblerait que ce soit l’inverse qui se soit produit : supposé sans danger, les scientifiques doivent à présent démontrer sa dangerosité. Un comble ! D’autant plus lorsque les études alarmantes ne sont pas jugées assez convaincantes…

 

Mais revenons à la découverte de l’aspartame : en 1965, Searle tombe par hasard sur ce composé et dépose un brevet à son sujet. En 1970, l’entreprise entame une procédure d’autorisation de mise sur le marché (AMM). De fait, la FDA (Food and Drug Administration) américaine œuvre pour établir une dose journalière admissible (DJA). Elle va alors s’appuyer sur trois études. Sauf qu’elles ont toutes été menées par l’entreprise Searle, ce qui est une première incohérence.  

Deuxième incohérence : elles n’ont jamais été rendues publiques. Et lorsque le Réseau Environnement Santé (RES) réclame une consultation de l’étude à l’EFSA, Hugues Kenigswald, le chef de l’unité responsable du dossier ne peut qu’admettre dans un courrier rendu public par RES : « l’EFSA ne dispose pas du dossier de demande d’autorisation de l’aspartame en Europe […] les contacts que nous avons eu à ce sujet avec nos collègues de la Commission Européenne semblent indiquer que la Commission européenne ne dispose plus de ce dossier ». 

Ensuite, deux des trois études sont aujourd’hui suspectées de fraudes. La FDA a en effet publié en 1977 un rapport interne révélant que des dizaines d’irrégularités avaient été relevées. Une responsable de la FDA, Jacqueline Verrett a témoigné sous serment devant le congrès américain en 1989 sur la qualité des études soumises : « aucun protocole n’était écrit avant que l’étude ne soit mise en route ; les animaux n’étaient pas étiquetés de façon permanente pour éviter des mélanges […] il y avait un mesurage sporadique de la consommation alimentaire et/ou un report inadéquat de la consommation et du poids des animaux ; des tumeurs étaient enlevées et les animaux étaient remis dans l’étude ; des animaux étaient enregistrés comme morts, mais des enregistrements ultérieurs les classaient comme vivants […] Au moins une de ces aberrations auraient suffi à annuler cette étude destinée à évaluer un additif alimentaire […].Il est impensable que n’importe quel toxicologue, après une évaluation objective des données résultant d’une telle étude puisse conclure autre chose que l’étude était ininterprétable et sans valeur et qu’elle devrait être refaite ». Pourtant, c’est bel et bien sur ces trois études que la FDA se basera lorsqu’elle donnera son feu vert en 1981 pour la mise sur le marché de l’aspartame. Troisième incohérence.

Pour parachever le tout, il est plus qu’étonnant de noter que l’année de mise sur le marché de l’aspartame est aussi celle qui a vu le retour au pouvoir du parti républicain aux Etats-Unis. Et ce d’autant plus que le directeur de Searle à cette époque n’était autrement que Donald Rumsfeld, ancien membre du gouvernement républicain du président Ford… Quatrième et dernière incohérence.

 

Si la rigueur scientifique ne semble pas avoir été de mise lors de pour l’AMM de l’aspartame, elle est en revanche exigée de la part des études illustrant les risques de l’aspartame. Gérard Lafargue, le directeur scientifique adjoint à l’Anses a ainsi noté l’absence « de mécanisme clair pour expliquer une éventuelle toxicité de l’aspartame ». Autrement dit, vu que les scientifiques ne parviennent pas à expliquer comment l’aspartame provoque cancers, accouchements prématurés, etc., on considère qu’il n’y a pas de danger du tout. Autre reproche à ces études : la plupart n’ont jamais été reproduites. Or, pour constituer des preuves importantes, un même résultat aurait du être démontré par différentes équipes de chercheurs. Conclusion : « on est à un niveau de suspicion, qui n’est pas un niveau de confirmation », selon Gérard Lafargue. Et en attendant, l’aspartame ne présente toujours officiellement aucun risque.


Néanmoins, les actions répétées du RES ont ébranlé les autorités sanitaires européennes. Ainsi, le réseau a mis en évidence en juillet dernier qu’onze des vingt experts du groupe scientifique chargé d’examiner les additifs alimentaires, dont l’aspartame, présentaient un conflit d’intérêt. Et il a également forcé l’EFSA à reconnaître s’en être totalement remis à l’avis de la FDA, ne se fondant sur aucune étude publiée dans une revue scientifique. Suite à cela, la Commission Européenne a demandé à l’EFSA de réévaluer l’aspartame plus tôt que prévu : septembre 2012 au lieu de 2020. L’EFSA a de fait lancé un appel public afin de recueillir toutes les données scientifiques et techniques traitant de l’aspartame. Mais les chercheurs n’espèrent pas grand-chose de cette réévaluation, étant donné que les experts devront relire les études qui leur ont déjà été présentées, et qu’ils n’ont pas jugées assez convaincantes.

 

Les alternatives à l’aspartame sont nombreuses.

Pourtant, les alternatives à l’aspartame ne cessent de se multiplier. La première d’entre elles, qui s’impose de plus en plus aujourd’hui, est la stévia. Cet édulcorant naturel issu d’une plante, 40 à 300 fois plus sucré que le saccharose et bien moins chimique que l’aspartame, a su aiguiser l’appétit des industriels. Ses ventes ont atteint 3 500 tonnes en 2010 et la société de conseil Zenith International prévoit que ce marché représentera 825 millions de dollars en 2014.

D’autres solutions existent :

  • Tate&Lyle a mis au point en partenariat avec BioVittoria un nouvel agent sucrant baptisé Purefruit. Il est extrait du monk, un fruit issu de la famille du melon. Caroline Sanders de Tate&Lyle explique que « sans calorie, mais apportant un goût sucré, son origine naturelle et le fait qu’il soit extrait d’un fruit peuvent séduire ».
  • Beneo a proposé au salon ISM en janvier 2011 des concepts à base d’isomalt et d’isomaltulose.
  • Norevo a mis au point du miel en poudre. Cette nouvelle forme de cette matière sucrante naturelle est bien plus pratique et adaptée à l’usage des industriels.
  • Le nectar d’agave ou sirop d’agave est 1,4 à 1,6 fois plus sucré que le saccharose et commence à être de plus en plus utilisé comme matière sucrante.

Dans tous les cas, même si l’EFSA ne révise pas ses recommandations sur l’aspartame, l’opinion publique est à présent au fait des risques sanitaires représentés par ce composé chimique. De fait, les consommateurs plébiscitent à présent largement les produits proposant des alternatives à l’aspartame. Et cela, les distributeurs l’ont bien compris. C’est pourquoi Système U, suivi de Carrefour, ont annoncé qu’ils comptaient bannir l’aspartame de leurs boissons light sous marques de distributeurs (MDD) dès janvier 2012. Un premier pas, mais attention à ce que les alternatives à l’aspartame ne se révèlent pas finalement plus nocives que l’aspartame lui-même… V.D.


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ParLa rédaction
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