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Les superaliments, bon plan ou arnaque ?

L’industrie agroalimentaire s’intéresse de plus en plus aux superaliments. Cette catégorie d’aliments regroupe certaines plantes, certains fruits, certaines algues, voire même certains légumes largement consommés. Leurs points communs ? Ils sont naturels, ils étaient utilisés traditionnellement dans l’alimentation

L’industrie agroalimentaire s’intéresse de plus en plus aux superaliments. Cette catégorie d’aliments regroupe certaines plantes, certains fruits, certaines algues, voire même certains légumes largement consommés. Leurs points communs ? Ils sont naturels, ils étaient utilisés traditionnellement dans l’alimentation de certains peuples, et ils contiennent des nutriments essentiels à des teneurs élevées. Les superaliments seraient des alicaments naturels. Le terme alicament (qui est équivalent à celui d’aliment fonctionnel) est un néologisme de l’industrie agroalimentaire et désigne un aliment ayant un rôle santé, c’est-à-dire pouvant prévenir l’apparition de certaines maladies. Béatrice de Raynal, présidente du cabinet Nutrimarketing, explique que la popularité des superaliments a démarré aux Etats-Unis il y a une dizaine d’années. « Au départ, on ne parlait pas de superaliments mais de superfruits », précise-t-elle. Il faut dire que les fruits contiennent généralement des fibres et des antioxydants. Les Américains ont utilisé ce terme de « superfruits » pour désigner les fruits exceptionnellement pourvus de ces éléments. De la même façon que pour les aliments, on peut également parler de « fruits fonctionnels ». Quelques exemples de superaliments : baies d’açai, myrtilles, canneberges, pamplemousses, poires, racine de Maca, liane Griffe du chat, spiruline, shiitaké…

Les superaliments trouvent leur origine dans l’histoire des temps. Leur provenance est presque toujours liée à un mythe fondateur ou à un épisode important dans l’histoire des populations vivant à proximité de leur habitat d’origine. Dans ces cultures anciennes, alimentation, histoire, sacré, santé, médecine et mœurs s’entremêlent. Ainsi, la Maca est une racine qui était consommée il y a plus de 4 000 ans par les habitants des hautes montagnes du Pérou. Sa teneur élevée en nutriments rares était réputée pour leur procurer force, entrain et vitalité. De même, le quinoa était cultivé au départ en Amérique du Sud, où les Incas l’appelaient « chisiya mama », ce qui signifie en quechua « le grain mère ». Cette plante traditionnelle était déjà cultivée il y a plus de 5 000 ans sur de hauts plateaux et était à la base de l’alimentation des civilisations précolombiennes. Les baies de goji, quant à elles, sont consommées en Asie et sont réputées pour leurs vertus médicinales, étant censées stimuler le jing et revigorer le qi (deux énergies vitales) des mangeurs. Elle a fait partie des mythes liés à la quête d’immortalité taoïste. Dernier exemple, la grenade, originaire d’Asie, a la réputation d’avoir des vertus thérapeutiques. Elle est utilisée comme remède depuis la Perse Antique. Elle était considérée comme un fruit des Dieux et ils pensaient qu’elle contenait l’ensemble des nutriments nécessaires à leur vitalité.

Les superaliments semblent pouvoir guérir toutes sortes de maux. Ainsi, le jus de canneberge, riche en proanthocyanidines, inhibe l’adhérence bactérienne et prévient les infections urinaires chez les femmes. Les myrtilles améliorent la vision nocturne et réduisent les troubles micro-circulatoires. Le pamplemousse permettrait de réduire le développement de tumeurs prostatiques et serait également protecteur contre l’athérosclérose. La poire préviendrait l’hypercholestérolémie et l’hypertension artérielle. La spiruline, avec sa teneur élevée en protéines, aide à lutter contre la malnutrition. Et ce ne sont que quelques exemples… La baie de goji, à elle seule, contient 18 acides aminés, dont les huit essentiels, 21 oligo-éléments, du bêta-carotène, du calcium, du fer, des oméga 3, des vitamines B1, B2, B6, C et E, des protéines, et des bêta sitostérols, anti-inflammatoires.

Il est possible de consommer ces superaliments sous toutes les formes ou presque. Ainsi, les industriels de l’agroalimentaire les ont utilisés en petite quantité dans de nombreux produits. Il est possible de trouver des pâtes à la spiruline, du jus d’açaï, des céréales aux effets antioxydants, des jus à base de grenade, des décoctions de liane Griffe du chat, des bières traditionnelles ou de la farine à base de quinoa, des cocktails à base de jus de canneberge, etc.

Les consommateurs actuels de ces superaliments sont plutôt aisés et âgés. Possédant un pouvoir d’achat important, ils se préoccupent de leur santé. Les militants du bio, et tous ceux soucieux de préserver l’environnement sont également concernés. Enfin, les populations jeunes, qui sont ouvertes aux découvertes gustatives, peuvent se laisser tenter. De façon générale, les consommateurs de superaliments dénoncent les excès des sociétés industrielles et sont ouverts à d’autres cultures. « Les superaliments, en induisant une promesse de bienfaits nutritifs, répondent à l’inquiétude des populations riches qui mangent trop ou mal », selon Béatrice de Reynal.

Cependant, nous pouvons nous demander si ces superaliments ne sont pas juste de supers arguments marketing. En effet, il peut ne s’agir que d’une mode. Certains scientifiques considèrent que les bienfaits nutritionnels des superaliments pourraient avoir été « surévalués ». Ainsi, les baies de goji ne contiendraient pas plus de vitamines que l’orange ou la pomme, et moins que les baies d’argousier. Pourtant, certains superaliments ont des bienfaits qui ont été reconnus par l’Afssa ; on peut citer par exemple la canneberge, dont les effets sur la prévention des infections urinaires ont été mis en évidence en 2004, ainsi qu’en 2008 par l’Afssaps. Attention cependant aux quantités utilisées par les industriels, qui sont parfois infimes et dont on peut douter de la réelle efficacité. Pour conclure, nous pouvons citer Béatrice de Reynal, qui affirme que « le marché des superaliments est promis à un bel avenir et se révèle très intéressant sur le plan nutritionnel, à condition de ne pas sombrer dans le charlatanisme ». V.D.

ParLa rédaction
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