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Pénibilité au travail : les pistes pour y remédier dans l’agroalimentaire

Des efforts restent encore à faire dans l'agroalimentaire en termes de conditions de travail. Le gouvernement s'est notamment engagé en faveur de la prévention de la pénibilité au travail dans le secteur.

Pénibilité au travail : les pistes pour y remédier dans l’agroalimentaire
Les conditions de travail se sont améliorées dans l’agroalimentaire, mais les salariés sont encore trop nombreux à souffrir de TMS.

Christian Crétier, secrétaire fédéral à FO-FGTA est formel : « Les conditions de travail se sont beaucoup améliorées dans l’agroalimentaire depuis une vingtaine d’années. » L’industrialisation et la mécanisation des processus de production ont en effet permis d’alléger de manière considérable les contraintes physiques. « De gros effort ont notamment été réalisés sur le portage. Les sacs de farine des meuniers sont par exemple trois fois moins lourds aujourd’hui. »

Par ailleurs, le renforcement de la régulation a également favorisé cette amélioration. La limite légale pour le bruit en usine est désormais fixée à 80 décibels, les salariés travaillant dans la chaîne du froid ont l’obligation de porter des tenues adéquates, etc.

Bouchers, charcutiers, boulangers: des contraintes physiques en importantes

Pourtant, des efforts restent à faire. Selon la dernière enquête de surveillance médicale des expositions aux risques professionnels, 77% des bouchers, des charcutiers et des boulangers sont encore soumis à des contraintes physiques intenses. Et 74 % pour les ouvriers non qualifiés des industries de process.

Dans le domaine de l’agriculture, les maraîchers, les jardiniers, les viticulteurs (70 %), et dans une moindre mesure, les agriculteurs et les éleveurs (50 %) sont eux aussi nombreux à subir des contraintes physiques.

Un rythme de travail soutenu dans les IAA

De plus, les ouvriers non qualifiés des industries de process sont les premiers concernés par les contraintes de rythme de travail. 77 % d’entre eux y sont exposés. Et 61 % pour les ouvriers qualifiés.

Ces contraintes sont liées au rythme soutenu des machines de production et à la surveillance quotidienne de la hiérarchie. Le respect des normes de production, important dans les industries de process, rajoute une contrainte supplémentaire pour les salariés.

Près de la moitié de ces derniers considèrent d’ailleurs que leur travail est plutôt mauvais pour leur santé.

Les troubles musculo-squelettiques trop nombreux dans l’agroalimentaire

L’agroalimentaire est l’un des secteurs où les lombalgies et les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont les plus fréquents. D’après le CNAMTS, les industries agroalimentaires totalisent un quart de l’ensemble des TMS reconnus comme maladie professionnelle. En cause : les tâches répétitives, le port de charges lourdes, l’exposition à des vibrations, les cadences rapides de production, la réduction des délais, le froid ou encore le manque d’autonomie dans le travail. La quantité de TMS devient telle que l’Assurance maladie et les pouvoirs publics ont fait de leur prévention une priorité.

« L’heure n’est plus à en inventer de nouveaux [outils d’évaluation de l’ergonomie au travail ndlr], mais à mettre en œuvre des actions concertées, en vue de porter la prévention au plus près des opérateurs », expliquait Jean-Pierre Zana, ergonome au département Expertise et conseil technique à l’INRS dans Travail & Sécurité. Le gouvernement devrait très bientôt publier un guide des bonnes pratiques à l’intention des IAA pour les encourager à la prévention plutôt qu’à la réparation en matière de conditions de travail.

Le gouvernement s’engage pour la prévention

Quatre thématiques de travail ont été établie pour initier des actions concrètes. Il est tout d’abord question de la lutte contre les troubles musculo-squelettiques et les maladies professionnelles. Ensuite, du dialogue professionnel dans l’entreprise et de la place des salariés dans la prise des décisions. Également de la prise en compte dans la qualité de vie au travail et du dialogue dans les choix d’investissement et/ou d’organisation des IAA. Enfin, de l’enseignement et de la formation à la qualité de vie au travail.

« Nous avons notamment insisté pour qu’une étude soit menée sur le management dans les entreprises agroalimentaires, explique Christian Crétier. La formation des managers est insuffisante à l’heure actuelle. On ne gère aujourd’hui pas une équipe comme on le faisait dans les années 1980. »

Mieux concevoir les postes de travail

A cela s’ajoute le manque d’intégration des risques professionnels dans la conception des postes et lieux de travail. L’arrivée de la réalité virtuelle en entreprise, peut notamment aider les dirigeants à mettre au point des lignes de travail plus adaptées à la production et au travail des salariés, comme nous l’expliquions dernièrement sur agro-media.fr

Des logiciels ont également été développés pour améliorer la gestion du personnel en prenant en compte le critère de pénibilité. PeopleForce par exemple. Edité par Synthetis, il évalue les caractéristiques de chaque poste de l’entreprise et la capacité de chaque salarié pour attribuer le poste adéquat à chaque employé selon des critères de qualité au travail et de productivité. Mars Chocolat France et Corman ont notamment recours à cet outil.

Les risques psycho-sociaux : une pénibilité nouvelle

Selon Christian Crétier, il faut par ailleurs se tourner désormais vers les contraintes « moins visibles », et notamment la lutte contre le stress en entreprise. La question des risques psycho-sociaux prend de plus en plus d’importance au sein des négociations entre partenaires sociaux. D’après l’enquête de surveillance médicale des expositions aux risques professionnels, les métiers des industries de process souffrent d’un déficit de reconnaissance au travail. Ils sont plus nombreux que la moyenne à considérer que « vu tous leurs efforts, ils ne reçoivent pas le respect et l’estime qu’ils méritent à leur travail », que leur travail n’est pas « apprécié à sa juste valeur » par leurs supérieurs ou leurs collègues, qu’on les « traite injustement dans leur travail », ou encore que leurs perspectives de promotion sont faibles. « Il faut également accompagner davantage les salariés des petites entreprises, qui ne peuvent souvent pas faire appel au CHSCT. »

Si des efforts sont faits en matière de prévention, la réparation des difficiles conditions de travail n’est pas en reste. Le compte pénibilité, requis par les syndicats depuis plusieurs années devrait bientôt entrer en vigueur. Même s’il vient d’être partiellement repoussé à 2016, au lieu du 1er janvier 2015.

Compte pénibilité : une mesure controversée

Ce compte s’appliquera à tous les salariés du secteur privé et doit remplacer l’ actuel système de préretraite pour pénibilité. Le principe : chaque année, les IAA attribueront des points à leurs salariés lorsqu’ils dépassent certains seuils d’exposition. Ces points permettront au salarié de partir plus tôt en retraite, de travailler à temps partiel en préservant son salaire en fin de carrière ou de bénéficier d’une formation pour se reconvertir. Dix critères seront pris en compte pour le calcul des points : la manutention de charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques, l’utilisation d’agents chimiques dangereux, le travail en milieu hyperbare, les températures extrêmes, le bruit, le travail de nuit, le travail poste et les gestes répétitifs.

Mais cette mesure est loin de faire l’unanimité parmi les dirigeants d’entreprise, notamment car ce sont elles qui devront payer les cotisations-avec une part fixe et une part variable qui dépendra du nombre de salariés exposés.

« La volonté gouvernementale de relancer l’économie française et de favoriser l’emploi manque clairement de cohérence aujourd’hui. Concernant la pénibilité, la précipitation gouvernementale est incompréhensible : ce sujet, important pour nos entreprises et nos salariés, nécessite de se donner du temps pour trouver les moyens pratiques les plus adaptés et les plus efficaces » affirmait Jean-Philippe Girard, le président de l’ANIA, dans un communiqué. « Le coût probable de ces mesures, via une augmentation des cotisations sociales des employeurs, va lourdement peser sur la compétitivité de nos entreprises » soulignait Philippe Mangin, le président de Coop de France.

Les PME mises en danger par le compte pénibilité

Le mesure s’avèrerait particulièrement dure à mettre en place, en temps voulu, par les PME et les TPE. « Sur le plan administratif, c’est intenable. Il y a des dispositions à revoir sur le fond mais aussi sur la forme » estime pour sa part Xavier Beulin. « Pour les petites entreprises agricoles qui ont un, deux, trois salariés, l’obligation faite aux employeurs de reporter chaque soir sur une fiche les tâches effectuées dans la journée et d’en apprécier la pénibilité ».

Dans son avis sur la mesure, le Conseil de simplification regrettait d’ailleurs « qu’aucune étude d’impact sérieuse n’ait été portée à la connaissance préalable des décideurs politiques » et demandait que « des tests soient mis en place branche par branche et métiers par métiers, afin que soit évalué et ajusté au cas par cas le cadre d’application du dispositif législatif ».

Améliorer les conditions de travail dans les IAA pour booster leur image

Par ailleurs, la Fnsea se montre également inquiète concernant certains critères retenu pour juger la pénibilité, et notamment les vibrations mécaniques. « La Fnsea reçoit des appels d’agriculteurs qui demandent si le travail sur tracteur ou sur moissonneuse est concerné. Car malgré les progrès, oui, ça vibre toujours ».

Mais l’agroalimentaire doit également faire des efforts de prévention et de réparation concernant la qualité de vie au travail afin d’améliorer l’image globale du secteur. Certains emplois ne trouvent en effet pas preneur car les jeunes diplômés se tournent de moins en moins vers les métiers de l’agroalimentaire.

ParLa rédaction
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