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Tour de France des entreprises régionales.

Alors que le tour de France bat son plein, voici l’occasion de faire le tour des grandes entreprises régionales. En effet, certaines sociétés agroalimentaires sont profondément ancrées dans leur territoire, où elles participent activement au tissu économique local.

Alors que le tour de France bat son plein, voici l’occasion de faire le tour des grandes entreprises régionales. En effet, certaines sociétés agroalimentaires sont profondément ancrées dans leur territoire, où elles participent activement au tissu économique local. A l’heure où d’autres choisissent de délocaliser, pourquoi ne pas mettre en avant ces entreprises, qui ont choisi bien au contraire d’axer leur développement et leur stratégie sur la spécificité de leur région d’attache ? Entre histoire et modernité, agro-media vous embarque pour un Tour de France agroalimentaire.

  • Alsace : Groupe Pierre Schmidt. En 1911, dans le quartier animé de la Grand’rue à Strasbourg, les passants s’arrêtent et découvrent ce qui n’est alors qu’une boucherie charcuterie artisanale. Peter Schmidt s’affaire dans l’arrière-boutique à l’élaboration de ses charcuteries. Augmentant sa notoriété au fur et à mesure, notamment grâce à son produit-phare, la flammekueche, le groupe qui acquiert par la suite le nom de Pierre Schmidt ne cesse de croître, et finit même par racheter son concurrent Stoeffler.
  • Aquitaine : Delpeyrat. Delpeyrat naît en 1890, à Sarlat, au cœur du Périgord, au temps des pionniers. Pierre Delpeyrat est l’un des premiers à croire au procédé de conservation qui vient d’être découvert : l’appertisation. Il choisit alors de se lancer dans la préparation, la conservation et la diffusion de la truffe noire. En 1998, Maïsadour prend le contrôle de la société, qui fusionne avec Sarrade. Aujourd’hui, Delpeyrat dépasse les 300 millions d’euros de chiffre d’affaires avec près de 2 000 salariés dans 10 établissements.
  • Auvergne : Volvic. Dès le Moyen Âge, les habitants de Volvic et des hameaux voisins s’approvisionnaient en eau potable dans les fontaines alimentées par différentes sources. Une société locale réalise en 1938 les premières commercialisations de cette eau, classée eau de source. Le groupe Sellier Leblanc créé la Société des eaux de Volvic en 1958. En 1984, le groupe Perrier prend de contrôle du groupe Sellier Leblanc. Trois ans plus tard, Volvic rejoint le groupe BSN qui deviendra en 1994 le groupe Danone.
  • Basse-Normandie : Biscuits de l’Abbaye. L’origine du sablé date du début du XVIIIème siècle en Normandie. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que Georges Lautour, boulanger à Lonlay l’Abbaye (61), mobilisé lors de la guerre, décide à son retour de se lancer dans la fabrication d’un sablé normand pour compenser la perte de clientèle relative à son absence prolongée. Ainsi naît le sablé de l’Abbaye. Michel Lautour et Michel Lebaudy décident donc de s’associer en 1964 pour créer une biscuiterie et développer ainsi la production des sablés à Lonlay l’Abbaye. Aujourd’hui, dirigée par les petits enfants de Georges Lautour, la biscuiterie est demeurée une entreprise 100% familiale. En 2008 la Biscuiterie de l’Abbaye a été élue « Meilleur Ambassadeur de la Normandie » par Gourmandie.
  • Bourgogne : Amora. En 1919, Armand Bizouard, descendant d’une longue lignée de fabricants de moutarde depuis François Naigeon, reçu maître-vinaigrier en 1703, dépose la marque Amora au greffe du tribunal de commerce de Dijon. Mais il ne l’utilise pas et cède sa société à Raymond Sachot en 1931. À partir des années 50, la société croît, étend sa marque sur les vinaigrettes, ketchups, mayonnaises ou cornichons et devient le leader du secteur des condiments en France. En 2000, la marque est rachetée par le groupe Unilever (société mère de Maille).
  • Bretagne : Connétable. L’histoire de Connétable est liée à celle du port de Douarnenez, qui vit depuis toujours de la pêche à la sardine. A la fin du XVIIIème siècle, Nicolas Appert découvre l’appertisation, donnant un nouveau souffle à la ville et à la sardine. Robert Chancerelle, fondateur de la « presse à sardine » éponyme, comprend immédiatement tout l’intérêt de la stérilisation. Il crée en 1853 à Douarnenez la première conserverie encore appelée « friture ». La marque Le Connétable naît en 1949. Aujourd’hui, Connétable est toujours familiale et indépendante. Elle a su se hisser au 3ème rang français dans le secteur de la conserve de poissons et pesait en 2010 près de 85 M€.
  • Centre : Ebly. Dans les pays méditerranéens, le blé dur est depuis l’Antiquité l’un des produits de base de l’alimentation. Il n’est pas consommable cru et sa cuisson est lente et longue. Dans les années 1990, en partenariat avec l’INRA, la coopérative agricole beauceronne Le Dunois, près de Châteaudun, en Eure-et-Loir, finance le développement d’un procédé de précuisson, qu’elle fait breveter. La cuisson est alors d’environ 15 minutes, réduit ensuite à 10-12 minutes. Les promoteurs construisent une usine et lancent le produit en 1999 sous la marque Ebly. Le blé précuit est un succès, en France d’abord puis dans le reste de l’Europe ensuite. Par la suite Ebly intègre le groupe Mars Incorporated.
  • Champagne-Ardennes : Moët & Chandon. Claude Moët, négociant en vin à Epernay depuis le début du XVIIIème siècle, fonde en 1743 la Maison Moët à Epernay. En 1833, la Maison Moët devient Moët et Chandon. Moët & Chandon fait l’acquisition de son concurrent Ruinart en 1962, puis, en 1970, de la maison Mercier. En 1973, Moët & Chandon investit en Californie avec le lancement du Domaine Chandon, situé dans la vallée de Napa. En 1971 le groupe se rapproche de la maison de Cognac Hennessy, donnant naissance au groupe Moët-Hennessy qui deviendra une pierre angulaire du groupe LVMH créé en 1987 suite à la fusion avec le maroquinier Louis Vuitton.
  • Corse et DOM : Brasseries de Bourbon. Dans les années 1960 à la Réunion est brassée de façon artisanale une bière locale de qualité. M.V.K Stevenson décide en 1962 de fonder la brasserie. Avec l’aide du maître brasseur Gérard Avanzini, il élabore une recette inédite. À force d’essais et après des débuts difficiles la première « Dodo » (aujourd’hui appelée Bière Bourbon) finit par sortir des fûts le 9 juin 1963 et est mise sur le marché dans des bouteilles de 75cl sous l’appellation « Dodo-Pils ». Heineken entre dans le capital de la brasserie en 1986. En 2002, le chiffre d’affaires des Brasseries de Bourbon a été de 59 millions d’euros. En 2005, 85,4% du capital appartient à Heineken, et seulement 2,1% au groupe Bourbon.
  • Franche-Comté : Compagnie des grands vins du Jura. Les vins du Jura sont cités par Pline le Jeune dès l’an 80 de notre ère, puis décrits dans des documents historiques à Arbois dès le Xème siècle, ou encore à Château-Chalon et Salins-les-Bains au XVIème siècle. En 1732, un décret limite la liste des cépages autorisés et marque les débuts d’une réglementation qualitative. Cette sélection garantit la qualité et accroît la notoriété des vins jurassiens, aujourd’hui mondialement connus et appréciés.
  • Haute-Normandie : Boursin. En 1957, François Boursin crée à Croisy-sur-Eure la fromagerie Boursin. En 1961, un grand journal annonce malencontreusement la sortie d’un Boursin à l’ail. En fait, il s’agit d’une nouveauté lancée par un concurrent ! En 1963, après deux ans de travail, François Boursin lance officiellement son Boursin Ail & Fines Herbes préparé avec du fromage frais nature, de l’ail et des fines herbes. C’est un succès retentissant. En 1990, Unilever rachète la marque Boursin. En 2007, Boursin intègre le Groupe Bel. Aujourd’hui Boursin est présent sous le même nom dans plus de 35 pays répartis sur 5 continents.
  • Ile-de-France : Grands moulins de Paris. La minoterie industrielle des Grands Moulins de Paris est issue d’un groupe meunier puisant ses origines au XIIème siècle. Les célèbres bâtiments sont créés à Paris lors de la première guerre mondiale. En 1996, l’activité est transférée à Gennevilliers et à Verneuil-l’Étang, et ils sont transformés en université. Ceci n’empêche pas l’entreprise d’assurer sa croissance. Aujourd’hui société de référence sur le marché européen de la meunerie et filiale de NutriXo, les Grands Moulins de Paris sont un acteur incontournable de l’industrie agroalimentaire.
  • Languedoc-Roussillon : Haribo. Hans Riegel naît en 1893. En 1920, il crée sa propre entreprise qu’il appelle « HARIBO » : HA pour Hans, RI pour Riegel et BO pour Bonn, où il réside, en Allemagne. Les bonbons en sucre cuit fabriqués par Monsieur Riegel sont ensuite livrés en vélo par son épouse ! En 1967 Haribo s’installe en France, dans le Gard, à Uzès. Aujourd’hui le groupe emploie 6 000 personnes et réalise plus d’un milliard de chiffre d’affaires.
  • Limousin : Distillerie Salers Gentiane. L’aventure de la distillerie Salers Gentiane débute au XIXème siècle, alors qu’un paysan corrézien, Alfred Labounoux, s’expatrie pour gagner de quoi survivre en Alsace et découvre ainsi la fabrication du kirsch. De retour chez lui, il crée sa propre distillerie en Corrèze et son kirsch devient réputé dans la région. Il découvre par la suite dans le Cantal le « Quinquina auvergnat » ou « quinquina du pauvre », infusion de racines de gentiane dans du vin blanc, bue en famille. En 1885, Alfred Labounoux parvient après plusieurs années à élaborer sa recette. La Salers est née.
  • Lorraine : Glaces Thiriet. En 1966, à Éloyes, petit village des Vosges, Claude Thiriet, jeune boulanger pâtissier, reprend avec sa mère, la boulangerie familiale. A ce moment, la notoriété des glaces dépasse déjà le cadre local. A partir de 1970, la clientèle s’élargit à des grossistes. En 1973 la maison se spécialise dans les crèmes glacées ; elle propose une gamme plus large et, dans un esprit novateur, met en place une vente aux particuliers. C’est la création de la société Glaces Thiriet SA. En 2005 le Groupe Thiriet représente 2 500 salariés dont 2 000 dans les réseaux de distribution.
  • Midi-Pyrénées : 3A. 3A COOP est une coopérative laitière collectant le lait de 23 départements du grand Sud-Ouest de la France. 3A a choisi de positionner ses entreprises de transformation à proximité des exploitations laitières, au cœur du territoire de Midi-Pyrénées, afin d’assurer durablement l’utilisation locale du lait. La coopérative possède plusieurs filiales de grande renommée : Les Fromageries Occitanes, Maison Boncolac, Yéo et Bonilait Protéines.
  • Nord Pas-de-Calais : Lesieur. L’entreprise voit le jour en 1908 à Coudekerque en France, avec la construction de sa première usine de production d’huile, sous le nom d’« Huileries Georges Lesieur ». Son fondateur, Georges Lesieur, la crée avec ses trois fils et avec trois anciens collaborateurs de l’entreprise où il travaillait précédemment. En 1924 est introduite la bouteille en verre consignée pour le conditionnement du produit, à la place des traditionnels tonneaux de bois. À l’occasion de ce changement, la marque « Lesieur » est déposée et vient identifier l’huile vendue.
  • PACA : Les Fleurons d’Apt. En Provence, la tradition du confisage des fruits remonte au Haut Moyen-Age ; les fruits étaient alors enrobés dans le miel. Le sucre, introduit en France à l’époque des Croisades, va permettre d’améliorer sensiblement les techniques de confisage par cuisson et trempage des fruits dans un sirop. Aujourd’hui les Fleurons d’Apt font partie du groupe Kerry Aptunion et ont un statut prestigieux d’ambassadeur français du fruit confit dans plus de 60 pays.
  • Pays de la Loire : Terrena. L’histoire de Terrena débute le 17 novembre 1887 à Angers. Henri de la Bouillerie et le père abbé de Bellefontaine poussent un groupe d’agriculteurs à créer le syndicat agricole d’Anjou. Dans la région d’Ancenis, la coopérative la Cana naît en 1932. De son côté, la Caval fait son apparition en 1967 lors de la fusion de sept coopératives de l’est du Maine-et-Loire. En 1971, le syndicat d’Anjou et la Caval fusionnent. En 1992, Coopagri et Cana mettent en commun leurs activités. Le groupe Terrena naît véritablement en 2004, lorsque les coopératives Cana, Caval et GCA fusionnent.
  • Picardie : St Louis Sucre. Le groupe Saint Louis Sucre naît en 1831 quand Larreguy fonde une première sucrerie à Roye. En 1866, Henri Bergasse et un groupe d’entrepreneurs marseillais fondent la SA Raffinerie de Sucre de Saint-Louis. En 1884 l’usine est détruite dans un incendie puis reconstruite deux ans plus tard. Aujourd’hui Saint Louis Sucre appartient au groupe Südzucker et emploie 1 200 personnes.
  • Poitou-Charentes : GLAC. Le Groupement des Laiteries Coopératives de Charentes-Poitou (GLAC) naît en 1936 sous le patronage de l’Association Centrale des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou et compte alors déjà 144 coopératives agricoles membres. La mission de GLAC est alors de ramasser le beurre conditionné, de le transporter dans des wagons refroidis par des pains de glace jusqu’aux Halles de Paris, et de commercialiser les excédents saisonniers de beurre. Le groupe transforme aujourd’hui plus d’1 milliard de litres de lait, compte plus de 1 200 salariés, dispose de 15 usines de transformation et représente 620 M€ de chiffre d’affaires.
  • Rhône-Alpes : Lustucru. L’entreprise Lustucru est née sous l’impulsion d’une famille habitant la région grenobloise, les Cartier-Millon. En 1871 Louis Cartier-Millon rachète une petite usine de pâtes alimentaires située depuis 1824 place de Gordes à Grenoble. En 1968, en prévision de l’ouverture du marché commun, la famille Carret qui connaissait la famille Cartier-Millon par l’intermédiaire du syndicat des fabricants de pâtes leur propose un rapprochement. En 1969 naît une holding à deux filiales, Rivoire & Carret et Lustucru. L’usine de Grenoble a finalement fermée en 1989.

Toutes ces entreprises agroalimentaires font aujourd’hui partie du patrimoine français. Leur croissance est liée aux grands évènements qui ont fait l’histoire de notre pays. Dans un contexte de concurrence mondialisée, ces entreprises ont su tirer parti de leur savoir-faire et de leurs valeurs, voire de leurs avantages concurrentiels régionaux, pour rebondir et assurer le développement de leur région. C’est ainsi que nous terminons ce Tour de France agroalimentaire, aux racines-mêmes de notre histoire. V.D.

ParLa rédaction
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