Aller directement au contenu

Une année 2019 mitigée pour l’agroalimentaire

L’Agreste, du service statistique et prospective du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, vient de publier  le bilan conjoncturel 2019 des industries agroalimentaires et des productions. Une année 2019 en « demi-teinte », dixit l’organisme. «En 2019, avec des températures particulièrement élevées l’été et une sécheresse persistante sur une grande partie de l’année, l’évolution des productions végétales est contrastée : baisse …

Une année 2019 mitigée pour l’agroalimentaire
La production de pommes se redresse alors que celle des poires est l’une des plus basses des cinq dernières années.

L’Agreste, du service statistique et prospective du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, vient de publier  le bilan conjoncturel 2019 des industries agroalimentaires et des productions. Une année 2019 en « demi-teinte », dixit l’organisme. «En 2019, avec des températures particulièrement élevées l’été et une sécheresse persistante sur une grande partie de l’année, l’évolution des productions végétales est contrastée : baisse pour les oléagineux, la plupart des légumes d’été et la vigne, hausse pour les céréales et les fruits. Les productions animales se maintiennent globalement : hausse pour les porcins, les veaux de boucherie et les ovins, recul pour les volailles, les œufs, les gros bovins, et quasi-stabilité pour la collecte de lait. Les cours à la production augmentent dans l’ensemble, sous l’effet de la hausse de la plupart des légumes d’été, de la pomme de terre, du lait et des porcins. Ceci dans un contexte d’accroissement des coûts de production du fait de la hausse du prix des engrais et des aliments», résume dans son éditorial l’Agreste.

Repli des fabrications de produits alimentaires et de boissons

En 2019, la production des industries agroalimentaires (hors tabac) devrait reculer, sous l’effet du repli des fabrications aussi bien de produits alimentaires que de boissons selon l’Agreste. Pour la 2e année consécutive, la consommation alimentaire se contracte. Selon le rapport, sur les huit premiers mois de 2019, l’excédent commercial des IAA s’accroît en valeur, du fait d’une hausse de la valorisation des exportations de boissons alcoolisées.
Les prix à la production devraient augmenter sur un an, tout comme le chiffre d’affaires.
Sur les huit premiers mois de l’année 2019, la production en volume des industries agroalimentaires est en repli sur un an malgré un nombre de jours ouvrables identique à celui de l’année 2018 à la même période. «Ceci s’explique par le recul des fabrications de produits alimentaires qui représentent 85% de la production totale des IAA et par la diminution des fabrications de boissons (15% de la production globale) » explique l’Agreste.
Par ailleurs, la baisse de la production de produits alimentaires se poursuit pour la troisième année consécutive mais masque des évolutions hétérogènes. Les fabrications d’aliments pour animaux (+ 2,6% sur un an) s’accroissent pour la troisième année consécutive, soutenues par la production d’aliments pour bovins et porcins. De même, la production des « autres produits alimentaires » progresse (+ 1,8%). En revanche, toutes les autres fabrications diminuent.
Les fabrications de produits à base de fruits et légumes ont été freinées par des conditions météo défavorables à la production des légumes d’été (manque de luminosité au printemps et fortes chaleurs estivales). Celles de produits laitiers pâtissent, quant à elles, du recul de la collecte de lait de vache sur les premiers mois de 2019.

La contraction de la consommation des ménages en produits alimentaires se poursuit

Sur les huit premiers mois de l’année 2019, la consommation des ménages en produits agroalimentaires décroît pour la deuxième année consécutive, analyse l’Agreste. Un recul qui s’expliquerait par le repli conjugué des volumes de denrées alimentaires, boissons et tabac et des produits bruts de l’agriculture et de la pêche (fruits et légumes, poissons frais, etc.).
Après une stabilité en 2018, l’excédent commercial des IAA repart à la hausse en 2019 (+ 11,5% sur les huit premiers mois), essentiellement grâce à la hausse des exportations (particulièrement de boissons). L’excédent des échanges de boissons s’accroît (+ 9,4%) tandis que le déficit commercial des produits alimentaires se creuse pour la septième année consécutive, sous l’effet d’une hausse des importations supérieure à celle des exportations.

Les prix à la production se redressent

Après une année 2018 stable, les prix à la production des IAA se redressent sur les huit premiers mois de l’année 2019 (+ 1,1% sur un an), soutenus tant par la hausse des prix des produits alimentaires (+ 1,0% sur un an) que par celle des boissons (+ 1,2%).
Les prix des viandes et produits à base de viande (+ 2,4%) sont en hausse, ainsi que ceux des produits laitiers (+ 2,2%) sous l’effet du redressement des cours du lait. Les prix à la production des boissons progressent également (+ 1,2%). Les prix de tous les autres produits sont en baisse. C’est le cas des préparations et conserves à base de poisson et de produits de la pêche, des produits à base de fruits et légumes, des produits de la boulangerie-pâtisserie et pâtes alimentaires ainsi que des autres produits alimentaires. Sur les huit premiers mois de 2019, la croissance du chiffre d’affaires du secteur des industries agroalimentaires se poursuit en s’accélérant, confirmant la reprise amorcée en 2016. Sous l’effet de l’augmentation des prix, la hausse du chiffre d’affaires est tirée à la fois par les produits alimentaires (en particulier les produits de la boulangerie-pâtisserie et pâtes alimentaires et les aliments pour animaux) et les boissons.

Une croissance des exportations supérieure à celle des importations

En cumul sur les neuf premiers mois de 2019, l’excédent des échanges de produits agroalimentaires s’accroît de 1 milliard d’euros (Md€) (+ 21 % par rapport à 2018).
Cette hausse concerne aussi bien les produits bruts (+ 0,4 Md€) que les produits transformés (+ 0,6 Md€) et résulte d’une croissance des exportations supérieure à celle des importations. Les exportations de céréales et de légumes bénéficient d’une meilleure valorisation, grâce à des prix en hausse sur les marchés UE et mondiaux. L’excédent des produits transformés est quant à lui porté par le dynamisme des ventes de vins et spiritueux et, dans une moindre mesure, des produits laitiers. En 2019, comme lors des deux années précédentes, l’excédent agroalimentaire provient exclusivement des échanges avec les pays tiers, le solde avec l’UE étant devenu structurellement déficitaire.
Sur les neuf premiers mois de 2019, le déficit global des échanges extérieurs français s’élève à 56,9 milliards d’euros (Md€), en réduction de 3,8 Md€ par rapport à 2018.
«Cette amélioration résulte de la croissance des excédents concernant les produits phares des exportations françaises : + 1,7 Md€ pour les produits chimiques, parfums et cosmétiques, + 1,7 Md€ pour les produits pharmaceutiques, + 1 Md€ pour les produits agricoles et agroalimentaires et + 0,8 Md€ pour le matériel de transport» indique l’Agreste. Sur les neuf premiers mois de 2019, la hausse des échanges agroalimentaires bénéficie aussi bien aux produits agricoles bruts qu’aux produits transformés. L’excédent agroalimentaire s’accroît (+ 1 Md€ sur les neuf premiers mois de 2019, soit + 21% sur un an) pour la deuxième année consécutive, après les fortes baisses de 2016 et 2017. Cette hausse est imputable tant aux échanges de produits bruts qu’aux échanges de produits transformés même si la progression de l’excédent commercial est plus importante pour ces derniers (elle participe pour 60% à la hausse globale).
Comme lors des deux années précédentes, la hausse de l’excédent avec les pays tiers tire le solde agroalimentaire français vers le haut, les échanges avec l’Union européenne se dégradant. Près des trois quarts de l’augmentation de l’excédent avec les pays tiers provient des produits transformés. Leur excédent progresse de 0,9 Md€ par rapport aux neuf premiers mois de 2018, sous l’effet de la hausse des exportations, malgré l’accroissement des importations. Dans une moindre mesure, les échanges de produits bruts avec les pays tiers évoluent de la même manière.
Le déficit des échanges agroalimentaires se creuse avec l’UE (-103M€ à -385M€), sous l’effet d’une hausse des importations (principalement de produits transformés) supérieure à la hausse des exportations, portée à plus de 90% par les produits agricoles bruts.
Toutes destinations confondues, les ventes de produits agroalimentaires augmentent de 1,7 Md€ par rapport aux neuf premiers mois de 2018 tandis que les importations croissent de 0,7 Md€ .

Tour d’horizon des productions

Céréales : En 2019, la production française de céréales atteint 71 millions de tonnes (Mt), en augmentation de 13,5 % sur un an. Il s’agit de la troisième plus importante récolte après 2015 et 2014. La sécheresse, accompagnée de deux vagues de canicule, n’a pas impacté les rendements des cultures d’hiver. Avec des disponibilités en hausse au niveau mondial, à l’exception du maïs, les prix des céréales sont globalement plus bas qu’en 2018, à l’exception notable du blé dur confronté à un recul de la sole et à des problèmes de qualité.

Oléoprotéagineux, pomme de terre, sucre : En 2019, la production française d’oléagineux s’établit à 5,23 Mt, en repli de 21,7 % sur un an en raison de la forte baisse des surfaces de colza. Les prix du colza se raffermissent depuis juillet 2018 tandis que ceux du soja restent toujours dépendants des tensions commerciales sino-américaines. Les cours du tournesol sont légèrement à la hausse, le niveau de la récolte mondiale limitant les possibilités d’augmentation des prix. Malgré la hausse de la production en 2019, la baisse des prix des pommes de terre devrait être limitée du fait d’une demande qui reste soutenue. La production de sucre se contracterait mais les incertitudes persistent sur une remontée significative des cours pour la campagne 2019-2020.

Fruits : En 2019, favorisée par une météo clémente, l’offre française et européenne en fruits d’été se redresse par rapport à 2018, année de faibles récoltes. Cette hausse de la production s’accompagne d’une baisse des cours, à l’exception de la cerise et de la fraise.
La production de pommes se redresse alors que celle de poires est l’une des plus basses des cinq dernières années. Le chiffre d’affaires à la production s’accroît en France sur un an pour tous les fruits d’été, avec toutefois des disparités selon les régions. Pour les fruits d’hiver, en ce début de campagne, il progresse pour la cinquième année consécutive pour la poire, mais recule pour la pomme.

Légumes: En 2019, les récoltes de légumes d’été, à l’exception du concombre, sont en repli, pénalisées par la météo printanière puis estivale, et dans certains cas, par la diminution des surfaces. En dépit d’une forte volatilité, les prix des légumes d’été augmentent par rapport à 2018, à l’exception des salades. Les récoltes des légumes d’hiver s’annoncent stables ou en hausse, hormis pour le chou-fleur, dont les surfaces reculent.
En début de campagne 2019-2020, leurs cours (à l’exception du poireau) sont inférieurs à ceux de la campagne précédente, particulièrement élevés, tout en restant supérieurs à la moyenne quinquennale. La fermeté des prix soutient les chiffres d’affaires de la tomate, du concombre, de la courgette et du poireau mais ne suffit pas pour le melon. Sur les neuf premiers mois de l’année 2019, le solde des échanges extérieurs de la plupart des légumes frais s’améliore.

Vins : En 2019, la récolte viticole française s’établirait à 42,2 millions d’hectolitres (Mhl), inférieure de 15 % à celle de 2018 et de 7 % au niveau moyen des cinq dernières campagnes. Après la reprise de 2018, la production recule à nouveau pour toutes les catégories de vins. Compte tenu de stocks de report en hausse pour les vins AOP mais en repli pour les autres vins, les disponibilités seraient stables pour les AOP et se contracteraient pour les autres vins par rapport à la moyenne 2014-2018.
La faible récolte de 2017 a pesé sur les exportations en volume de vins français, hors spiritueux, de la campagne 2018-2019, qui reculent, malgré un redressement en 2019, en seconde partie de campagne, du fait de la commercialisation du millésime abondant de 2018. Si l’excédent commercial se réduit en volume, il atteint un nouveau record en valeur. Dans un contexte de disponibilités mondiales abondantes, de repli des exportations et d’un marché intérieur peu porteur, les prix des vins d’appellation sont orientés à la baisse depuis l’été 2018.

Productions animales : En 2019, les productions animales se maintiennent globalement au niveau de 2018, avec des évolutions contrastées : hausse des productions ovines, porcines, de broutards et de veaux, quasi-stabilité de la collecte laitière, recul des volailles, œufs et gros bovins finis. La demande intérieure totale (hors et à domicile) de viandes ovine et de volaille progresse, mais continue de baisser pour les viandes bovine et porcine tandis que la seule consommation à domicile peine à repartir.
Parallèlement, les importations de viandes bovine, ovine et de volaille s’accroissent, creusant le déficit des échanges extérieurs de ces filières. Le solde commercial extérieur en viande porcine redevient positif grâce à la bonne valorisation des exportations tandis que l’excédent des produits laitiers s’accroît, sous l’effet de la reprise du marché mondial des poudres écrémées. Les exploitations laitières et porcines bénéficient de la hausse des prix à la production, supérieure en moyenne sur neuf mois à celle de leurs coûts de production, ce qui n’est pas le cas des exploitations bovines.

Lait: En 2019, la production laitière mondiale de lait de vache est en léger repli dans les principaux bassins laitiers. La demande mondiale en produits laitiers reste dynamique. Les échanges de poudre de lait écrémé progressent, soutenus par des prix attractifs.
Cependant, l’instauration de droits de douanes états-uniens plus élevés sur certains produits laitiers européens pourrait affecter le commerce mondial. En France, les prix à la production du lait à teneurs réelles se redressent dans un contexte de légère baisse de la collecte sur neuf mois et de contraction des exportations de la plupart des produits laitiers.
À compter du 2e trimestre 2019, le redressement des prix du lait et la baisse des coûts de production influent positivement sur l’évolution de la marge des éleveurs.

Intrants : Sur les neuf premiers mois de 2019, les prix des intrants achetés par les exploitants agricoles s’accroissent sur un an (+ 2,5 %) pour la troisième année consécutive, sous l’effet de la hausse des prix des engrais et des aliments pour animaux. L’utilisation d’aliments pour animaux d’élevage est globalement stable ; la production d’aliments pour bovins et porcins augmente alors que celle d’aliments pour volailles diminue. Sur la campagne 2018-2019, les livraisons d’azote et de phosphate baissent alors que les quantités de potasse croissent. Les prix de tous les types d’engrais sont en hausse.

(SOURCES : AGRESTE)

ParLa rédaction
En vidéo

Vous êtes hors ligne

Send this to a friend