Aller directement au contenu

Les 10 mesures d’INTERBEV pour relancer la production française de ruminants et réduire les importations

À l’approche des Conférences de la souveraineté alimentaire organisées dans le cadre de la Loi d’orientation agricole, INTERBEV  l’Interprofession Élevage et Viande, dévoile un plan d’action ambitieux et immédiatement opérationnel. Présenté le 3 décembre dernier, ce plan rassemble dix mesures prioritaires destinées à freiner la « décapitalisation » du cheptel français de ruminants et à consolider durablement la souveraineté alimentaire du …

Les 10 mesures d’INTERBEV pour relancer la production française de ruminants et réduire les importations
Ces mesures interviennent dans un contexte où les indicateurs sont préoccupants : 1,2 million de vaches ont disparu en dix ans en France, un million dans l’Union européenne en seulement deux ans, et les importations de viande bovine atteignent désormais 249 000 tonnes, en hausse de 14 % par rapport à 2024. Le constat est similaire pour les veaux, les ovins, les équins ou les caprins, avec une chute marquée des abattages et une dépendance croissante aux importations.

À l’approche des Conférences de la souveraineté alimentaire organisées dans le cadre de la Loi d’orientation agricole, INTERBEV  l’Interprofession Élevage et Viande, dévoile un plan d’action ambitieux et immédiatement opérationnel. Présenté le 3 décembre dernier, ce plan rassemble dix mesures prioritaires destinées à freiner la « décapitalisation » du cheptel français de ruminants et à consolider durablement la souveraineté alimentaire du pays.

Ce programme est l’aboutissement d’un travail collectif entre les fédérations nationales de la filière, engagé dans la continuité du Plan gouvernemental de reconquête de l’élevage annoncé au Salon de l’Agriculture 2024. INTERBEV fournit ainsi aux pouvoirs publics une feuille de route concrète dans un contexte d’urgence, marqué par une contraction rapide des cheptels, une hausse des importations et une fragilisation économique des territoires ruraux.

Pour Jean-François Guihard, président d’INTERBEV, la situation exige « des décisions rapides et coordonnées ». Il rappelle que la préservation de la souveraineté alimentaire repose sur une vision interministérielle claire et sur la mise en œuvre sans délai des engagements pris par l’État. Sans cela, la France risque de perdre non seulement des éleveurs, mais aussi des prairies, des abattoirs et sa capacité à produire sa propre alimentation.

Bloquer l’accord Mercosur

Au cœur de ce plan, INTERBEV demande en premier lieu une action déterminée sur les accords commerciaux internationaux, considérant que la concurrence de viandes importées ne respectant pas les standards européens met en péril la filière française. L’interprofession appelle ainsi à bloquer l’accord Mercosur, à refuser toute concession à l’Australie tant que les conditions de production ne seront pas équivalentes, et à exclure définitivement la viande bovine des négociations avec l’Inde, invoquant des impératifs de sécurité sanitaire et de traçabilité. Plus largement, elle exige que toute conclusion d’accord de libre-échange soit conditionnée à l’application effective des mesures miroirs prévues par l’UE et que toutes les importations respectent les normes européennes, afin de garantir à la fois la loyauté de la concurrence et la confiance des consommateurs.

Le plan place également au premier rang des priorités le soutien à la production nationale. Face à une baisse continue du cheptel bovin, ovin et caprin, INTERBEV insiste sur la nécessité de sécuriser et renforcer les aides couplées de la PAC, indispensables au maintien des troupeaux et à la valorisation des prairies permanentes. L’aide ovine doit être consolidée, notamment via une bonification accrue pour les nouveaux producteurs et une revalorisation des dispositifs liés à la productivité, afin de relancer un secteur en perte de vitesse.

Une politique sanitaire plus cohérente et davantage tournée vers la prévention

La filière demande par ailleurs une politique sanitaire plus cohérente et davantage tournée vers la prévention. Les récentes vagues de maladies vectorielles (FCO, MHE, DNC) ont fortement affecté les cheptels, réduisant la fertilité, augmentant les pertes et menaçant la disponibilité en viande dans les années à venir. INTERBEV plaide pour une stratégie nationale et européenne fondée sur la vaccination, capable de réduire les impacts sanitaires et d’assurer la fluidité des mouvements d’animaux.

Le renouvellement des générations constitue un autre pilier central du plan. L’interprofession rappelle que le maintien des savoir-faire, de l’élevage à la transformation en passant par la boucherie, exige des conditions économiques et sociales plus attractives. Elle appelle au développement de la contractualisation, à l’investissement dans la modernisation des bâtiments d’élevage et à la mise en place de dispositifs de financement adaptés pour soutenir installation, transmission et innovation.

INTERBEV insiste également sur la nécessité de réglementations européennes pragmatiques, cohérentes et harmonisées. Selon elle, l’Europe dispose déjà de normes parmi les plus strictes au monde, et l’empilement de nouvelles contraintes risquerait de fragiliser davantage les éleveurs sans bénéfice réel pour le bien-être animal ou l’environnement. Deux dossiers sont particulièrement mis en avant : le maintien du cadre actuel pour le transport des animaux et une mise en œuvre réaliste du règlement « Déforestation », adaptée aux spécificités françaises.

La modernisation des systèmes d’information constitue une autre urgence. Trois ans après son annonce, la dématérialisation des documents d’identification des animaux n’est toujours pas opérationnelle. INTERBEV réclame un déploiement enfin effectif, sécurisé, financé et construit en concertation avec les acteurs de terrain.

Le plan souligne en outre l’enjeu majeur que représente la restauration collective dans la reconquête de la souveraineté alimentaire. Malgré les obligations fixées par les lois EGAlim et Climat, l’application reste insuffisante. INTERBEV demande leur respect strict, une revalorisation des budgets de la commande publique et une formation des 7 500 cuisiniers et gestionnaires de la restauration d’État à l’achat et à la préparation de viandes françaises durables.

Définir un affichage environnemental des produits alimentaires

La transparence de l’origine est également au cœur des préoccupations. L’interprofession souhaite rétablir l’obligation d’indiquer l’origine des viandes utilisées comme ingrédients dans les produits transformés, étendre cette obligation aux produits tripiers et à la viande chevaline, renforcer les contrôles en restauration et valoriser systématiquement les démarches « Viandes de France ».

INTERBEV appelle par ailleurs à définir un affichage environnemental des produits alimentaires reflétant fidèlement les spécificités de l’élevage herbager français. Les méthodes actuelles d’Analyse du Cycle de Vie, centrées principalement sur l’impact carbone, ne prennent pas suffisamment en compte des bénéfices tels que l’entretien des prairies, la biodiversité ou le stockage du carbone. L’interprofession demande donc un affichage plus complet et plus juste, évitant des signaux trompeurs pour les consommateurs.

Enfin, le plan défend la reconnaissance explicite de la place de la viande dans l’équilibre alimentaire. INTERBEV met en avant la feuille de route « Souveraineté et Décarbonation », élaborée avec le gouvernement, qui permet de répondre à la fois aux objectifs climatiques et à la demande nationale en viande sans accroître les importations. La filière souhaite que les repères nutritionnels nationaux, les politiques de santé publique et les stratégies climatiques tiennent compte de cette réalité et que les investissements publics nécessaires soient mobilisés pour accompagner la transition.

Ces mesures interviennent dans un contexte où les indicateurs sont préoccupants : 1,2 million de vaches ont disparu en dix ans en France, un million dans l’Union européenne en seulement deux ans, et les importations de viande bovine atteignent désormais 249 000 tonnes, en hausse de 14 % par rapport à 2024. Le constat est similaire pour les veaux, les ovins, les équins ou les caprins, avec une chute marquée des abattages et une dépendance croissante aux importations.

Face à ces défis, la filière Élevage et Viande affirme sa détermination à travailler avec les pouvoirs publics pour concrétiser les engagements de la loi d’orientation agricole promulguée en mars 2025. Elle réaffirme que la reconquête de la souveraineté alimentaire passe par le maintien des capacités de production, la valorisation des modèles herbagers et circulaires, et la promotion de viandes françaises durables, traçées et contrôlées.

ParLa rédaction
Dossiers Thématiques
Dossiers d’Analyse

L'actualité en video

Send this to a friend