Aller directement au contenu

GECO2 : Vers une filière du CO₂biogénique, un enjeu stratégique pour l’agroalimentaire

Sept organisations de référence unissent leurs forces pour bâtir une filière française du CO₂ biogénique. Sous le nom GECO2, ce groupe d’experts entend structurer un secteur en plein essor, soutenu par la région Grand Est et le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER). L’objectif : faire émerger une production nationale de CO₂ renouvelable issue de la méthanisation, afin …

GECO2 : Vers une filière du CO₂biogénique, un enjeu stratégique pour l’agroalimentaire
Sous le nom GECO2, ce groupe d’experts entend structurer un secteur en plein essor, soutenu par la région Grand Est et le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER). L’objectif : faire émerger une production nationale de CO₂ renouvelable issue de la méthanisation, afin de répondre aux besoins croissants de nombreux secteurs, au premier rang desquels figure l’agroalimentaire.

Sept organisations de référence unissent leurs forces pour bâtir une filière française du CO₂ biogénique. Sous le nom GECO2, ce groupe d’experts entend structurer un secteur en plein essor, soutenu par la région Grand Est et le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER). L’objectif : faire émerger une production nationale de CO₂ renouvelable issue de la méthanisation, afin de répondre aux besoins croissants de nombreux secteurs, au premier rang desquels figure l’agroalimentaire.

Le CO₂ biogénique, une alternative durable face à la dépendance fossile

Le dioxyde de carbone est une matière première stratégique, indispensable à de nombreux procédés industriels. Dans l’agroalimentaire, il est utilisé pour la carbonatation des boissons, la conservation des aliments, les emballages sous atmosphère protectrice ou encore la réfrigération. Il intervient aussi dans d’autres domaines tels que la chimie, la santé, l’agriculture ou les carburants de synthèse.

Aujourd’hui, la quasi-totalité du CO₂ disponible en France provient d’installations fonctionnant à partir de gaz naturel, notamment dans la production d’engrais azotés. Cette dépendance aux sources fossiles pose un double défi : d’une part, écologique, dans un contexte de décarbonation accélérée ; d’autre part, économique, face à la volatilité des approvisionnements. Les pénuries de CO₂ survenues ces dernières années ont mis en évidence la fragilité de la chaîne d’approvisionnement, en particulier pour les industriels de l’agroalimentaire, directement impactés par ces tensions.

Le CO₂ biogénique, issu de la méthanisation, s’impose aujourd’hui comme une alternative durable et circulaire. Capté puis purifié à partir de déchets organiques valorisés, il s’inscrit dans une logique d’économie circulaire du carbone, connue sous le nom de «Carbon Capture and Utilization» (CCU). Contrairement au stockage permanent (CCS), cette approche vise à réutiliser le CO₂ capté dans les procédés industriels, limitant ainsi les émissions tout en réduisant la dépendance aux énergies fossiles.

GECO2 : Unir les expertises pour structurer une filière nationale

Le groupe GECO2, lauréat de l’appel à projets 2025-2027 du Partenariat européen d’innovation (PEI), a pour ambition de coordonner le développement d’une véritable filière française du CO₂ biogénique. Il rassemble sept acteurs majeurs représentant toute la chaîne de valeur, de la production à l’utilisation. Parmi eux figurent AMGE, représentant les agriculteurs méthaniseurs du Grand Est, l’ATEE (Association Technique Énergie Environnement), Biogaz Vallée, acteur national du développement des gaz renouvelables, l’ENSAIA – Université de Lorraine, école d’ingénieurs spécialiste des transitions agroalimentaires, GRDF, opérateur du réseau gazier, le Groupe KEON, pionnier de la méthanisation en France, et enfin MD CO₂, initiateur du projet et exploitant du premier site pilote de captage et de valorisation de CO₂ biogénique dans le Grand Est.

Pour Baptiste Dubois, président de MD CO₂ et chef de file du projet, « en initiant cette structuration, ce groupe d’experts apporte sa contribution pour positionner la France parmi les pionniers européens d’une filière émergente, innovante et indispensable à la décarbonation».

Le programme de travail de GECO2 s’étalera sur trois ans, de 2025 à 2027. Il s’articulera autour de trois grands axes : la structuration de la chaîne de valeur du CO₂ biogénique, incluant les aspects réglementaires, sécuritaires et normatifs ; la définition des critères de qualité et de durabilité du CO₂ produit, avec la mise en place de standards et de labels de reconnaissance ; et enfin, la mise en place d’une gouvernance claire et coordonnée, capable d’assurer le déploiement d’une filière nationale pérenne.

Un enjeu stratégique pour les industriels de l’agroalimentaire

Le secteur agroalimentaire est l’un des principaux consommateurs de CO₂ industriel. Ce gaz intervient à différentes étapes de production, de la carbonatation des boissons à la conservation des produits frais en passant par la surgélation, la neutralisation de certains procédés ou les emballages sous atmosphère protectrice.

Or, la dépendance actuelle au CO₂ fossile expose les entreprises à des risques de rupture d’approvisionnement, comme celles qui ont déjà entraîné des arrêts de production ou des surcoûts ces dernières années. La mise en place d’une filière française de CO₂biogénique constitue donc une opportunité stratégique majeure. Elle permettrait de sécuriser les volumes nécessaires à l’agroalimentaire, tout en réduisant significativement l’empreinte carbone du secteur.

En valorisant le CO₂ issu de la méthanisation agricole ou territoriale, les industriels disposeraient d’une ressource locale, renouvelable et résiliente, inscrite dans une logique de proximité et de durabilité. Ce modèle contribuerait à renforcer les synergies entre monde agricole et industrie, tout en soutenant les objectifs de décarbonation et de souveraineté énergétique de la France.

Le lancement officiel de GECO2 a eu lieu à Lyon, à l’occasion du salon Pollutec 2025. Trois membres fondateurs, l’ATEE, Biogaz Vallée et le Groupe KEON, y ont présenté les premières orientations du programme et les perspectives de structuration de la filière.

Deux conférences sont venues approfondir  les enjeux liés au CO₂biogénique. La première, intitulée « Pénurie de CO₂ alimentaire et industriel – Sécuriser et pérenniser vos approvisionnements grâce au bioCO₂ de méthanisation » et « CO₂ biogénique – Comment développer les émissions négatives via le BioCCS et valoriser les crédits carbone volontaires ? », visant à informer les décideurs, à fédérer les acteurs industriels et à sensibiliser l’opinion à l’importance stratégique du CO₂ renouvelable.

Vers une souveraineté carbone française

L’émergence du CO₂ biogénique ouvre la voie à une nouvelle approche de la souveraineté industrielle. En transformant une émission en ressource, la France pourrait se doter d’un levier de décarbonation unique, à la fois industriel et territorial. Pour les entreprises agroalimentaires, l’intérêt est multiple : sécuriser leurs approvisionnements, réduire leur empreinte carbone, et inscrire leur production dans une économie plus circulaire et locale.

Avec GECO2, la France franchit une étape décisive vers la structuration d’une filière du CO₂ renouvelable, capable d’allier performance industrielle, transition énergétique et durabilité. Pour l’agroalimentaire, cette démarche représente bien plus qu’une innovation technique : c’est un véritable outil de résilience, de compétitivité et de cohérence environnementale.

ParLa rédaction
Dossiers Thématiques
Dossiers d’Analyse

L'actualité en video

Send this to a friend