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« La saisonnalité ne permet pas de vue d’ensemble pour les industriels de l’agroalimentaire, les salariés et les territoires », affirme Rafael Nedzynski (CESE)

Rapporteur du projet d'avis sur la saisonnalité, Rafael Nedzynski répond aux questions d'Agro-media pour la rentrée du CESE.

« La saisonnalité ne permet pas de vue d’ensemble pour les industriels de l’agroalimentaire, les salariés et les territoires », affirme Rafael Nedzynski (CESE)
Rapporteur du projet d’avis sur la saisonnalité au CESE, Rafael Nedzynski répond aux questions d’Agro-media.

Lancés en décembre 2013 par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), les travaux autour de la saisonnalité dans les filières agricoles, halieutiques et agroalimentaires prennent fin et sont présentées ce mardi 9 septembre sous forme d’un projet d’avis. Quels impacts sur l’emploi ou encore la consommation ? Le rapporteur du projet, Rafael Nedzynski a répondu aux questions d’Agro-media.

Agro-media – Vous êtes le rapporteur du projet d’avis du CESE, pourriez-vous réexpliquer aux lecteurs d’Agro-media en quoi consiste la saisonnalité, qui est au cœur de vos discussions ?

Rafael Nedzynski – La saisonnalité est un phénomène important qui touche à plus de 90 000 exploitations qui emploient des milliers de travailleurs saisonniers mais elle concerne aussi les industriels de l’agroalimentaire qui peuvent recourir à la saisonnalité comme dans la conserverie, l’industrie sucrière ou l’horticulture. C’est un secteur important pour bon nombre de salariés et c’est un vecteur d’emploi. Actuellement, le problème de la saisonnalité c’est qu’elle ne permet pas de vue d’ensemble pour les industriels de l’agroalimentaire, les salariés et les territoires.

Justement, quels sont les enjeux de la saisonnalité pour les producteurs et les industriels de l’agroalimentaire ?

Les entreprises saisonnières font leur chiffre d’affaires sur deux ou trois mois, voire moins, alors que leurs charges sont, elles, étalées sur l’ensemble de l’année et leur production est parfois aléatoire, puisque soumise à des facteurs extérieurs telle que la météo. Par exemple, pour l’horticulture, les professionnels de cette filière font entre 60 et 70% de leur chiffre d’affaires en mai-juin, s’il pleut : ils ne vendent pas. Comment faire pour les salariés ? Comment peuvent-ils enchaîner les contrats pour vivre décemment ? Du côté des territoires, il y a des enjeux importants comme pour la question de l’hébergement des travailleurs saisonniers et des infrastructures qui les accueilleront. Il faut répondre à toutes ces questions, ce sont de vrais enjeux.

Vous nous parliez des travailleurs saisonniers, quels sont les impacts de la saisonnalité sur l’emploi ?

Il y a différents types de travailleurs saisonniers, certains sont très ponctuels comme les étudiants qui font une ou deux saisons. D’autres reviennent régulièrement pour compléter leurs revenus et d’autres encore, sont là par défaut, face à une situation de chômage. L’idée pour tous les salariés, c’est de savoir comment enchaîner les contrats. Il y a aussi la question de la formation qui se pose. Nous proposons d’ailleurs des bi-formations « agriculture-tourisme » ou « agriculture-forêt » qui pourraient permettre aux travailleurs saisonniers d’enchaîner plus facilement différentes activités. Seulement, il faut aussi songer à adapter les horaires de formation à la réalité du travail de saisonnier, quitte à décaler les périodes d’examens pour leur permettre de travailler en juin-juillet. La saisonnalité a un impact certain sur l’emploi, il reste juste à répondre à ces questions d’adaptabilité.

Concernant la consommation, comment comptez-vous sensibiliser les Français à la saisonnalité ?

Pour sensibiliser les consommateurs à la saisonnalité, il y a encore un véritable travail d’information à faire. Il faut qu’ils puissent connaître les périodes où sont vendus tel ou tel produit et qu’ils s’engagent volontairement à soutenir les producteurs locaux.

Pensez-vous que la saisonnalité puisse changer les modes de consommation ?

Il faut que les consommateurs en aient envie. Il y a déjà une certaine envie de changer qu’on peut observer avec l’agriculture biologique et l’avènement du « consommer local ». De plus, si on consomme en respectant le cycle des saisons, on paie moins cher son produit alors cela aide aussi du côté du pouvoir d’achat.

Quel est l’impact de la saisonnalité sur l’économie ?

Il s’agit de valoriser le produit local au lieu de l’importer. Si en plus, il y a une diversification au niveau des variétés et espèces produites, cela permet d’allonger les périodes de production et donc d’apporter une plus-value aux activités des industriels de l’agroalimentaire qui commercialisent ces produits. Et puis, en cas de « mauvaise saison », cela réduit les pertes nettes.

Les conclusions du rapport du CESE vont-elles aboutir à une proposition de loi ?

Pour l’heure, le rôle du CESE c’est de faire des préconisations au ministre de l’Agriculture, c’est à lui qu’appartiendra la décision d’appliquer ou non les conclusions du projet d’avis. Nous sommes prêts à répondre aux sollicitations des politiques et élus.

La rentrée est morose pour les professionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire, quels conseils leur donneriez-vous pour « redresser la barre » ?

La rentrée n’a pas été difficile pour tout le monde, elle a été plutôt bonne pour les viticulteurs par exemple. Aux autres, je dirais qu’il faut continuer à conquérir des marché à l’export. De la même manière, il faut aider les petits producteurs à vendre à l’étranger. Pour l’embargo russe, il faut chercher des solutions de rechange : si on ne parvient pas à leur vendre nos pommes, il faut se poser les bonnes questions sur les moyens de stockage et de transformation du produit. Cela peut ouvrir d’autres marchés et aider à réduire les pertes nettes pour les professionnels.

ParLa rédaction
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