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Agroalimentaire français : Un avantage qualitatif fragilisé par le différentiel tarifaire

La dernière enquête menée par Rexecode en partenariat avec SKEMA Business School, avec l’appui de Kantar Institut, met en lumière un paradoxe persistant pour les exportations agroalimentaires françaises : une qualité largement reconnue par les acheteurs européens, mais des prix jugés trop élevés, qui pénalisent la compétitivité globale. Réalisée auprès de 480 importateurs dans six pays européens (Allemagne, Belgique, …

Agroalimentaire français : Un avantage qualitatif fragilisé par le différentiel tarifaire
Le jugement du contenu en innovation des produits français est en amélioration ou stable entre 2022 et 2026. La France se hisse au 2ème rang pour les produits agroalimentaires.

La dernière enquête menée par Rexecode en partenariat avec SKEMA Business School, avec l’appui de Kantar Institut, met en lumière un paradoxe persistant pour les exportations agroalimentaires françaises : une qualité largement reconnue par les acheteurs européens, mais des prix jugés trop élevés, qui pénalisent la compétitivité globale.

Réalisée auprès de 480 importateurs dans six pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie et Royaume-Uni), l’étude analyse la perception des biens de consommation selon neuf critères clés, dont la qualité, l’innovation, les services associés, le prix et le rapport qualité-prix.

Une compétitivité hors-prix solide en agroalimentaire

Premier enseignement pour la filière : la France se classe 2e en compétitivité hors-prix dans l’agroalimentaire parmi les pays évalués. Les acheteurs européens reconnaissent la qualité des produits, la capacité d’innovation, la notoriété des marques, et les services associés. Dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur et de montée des exigences sanitaires, environnementales et de traçabilité, ces atouts constituent un socle stratégique majeur pour les exportateurs français. Cette performance confirme que l’image des produits agroalimentaires français demeure forte sur les marchés européens, en particulier sur les dimensions qualitatives.

Un handicap prix toujours présent

En revanche, la compétitivité-prix reste un point de fragilité. Dans l’agroalimentaire, la France se situe dans la seconde moitié du classement en matière de prix perçus. Les produits français sont jugés plus chers que ceux de nombreux concurrents, qu’il s’agisse : des pays d’Europe centrale et orientale, bénéficiant d’un avantage tarifaire structurel ; ou d’acteurs comme l’Allemagne, dont les produits sont également perçus comme coûteux mais dont la réputation industrielle reste dominante.

Ce différentiel tarifaire pèse directement sur la décision d’achat des importateurs, particulièrement dans un environnement marqué par la pression sur les marges et la recherche d’optimisation des coûts d’approvisionnement.

Un rapport qualité-prix en recul

La conséquence est nette : le rapport qualité-prix perçu de l’agroalimentaire français se dégrade. En 2026, la France se classe 6e dans l’agroalimentaire sur ce critère, et n’apparaît plus dans la première moitié du classement dans aucun des secteurs étudiés.

Cette évolution marque un recul par rapport à l’enquête précédente de 2022. Autrement dit, si la qualité reste reconnue, elle ne compense plus suffisamment le différentiel de prix aux yeux des acheteurs européens.

Selon Laurent Ferrara, professeur d’économie internationale à SKEMA Business School, le diagnostic est clair : l’image hors-prix reste globalement bonne, mais la perception de prix peu compétitifs détériore mécaniquement le rapport qualité-prix, et cette tendance s’est accentuée ces dernières années.

Une perte de terrain confirmée par les chiffres du commerce extérieur

Les résultats de perception rejoignent les tendances observées dans les statistiques d’exportation. Dans l’agroalimentaire, la part des exportations françaises au sein de l’Union européenne a été divisée par deux en trente ans, comme dans la pharmacie-hygiène-beauté et l’équipement du logement. Cette érosion traduit une perte de compétitivité relative face à des concurrents capables de combiner qualité perçue et maîtrise des coûts.

Un enjeu stratégique pour la filière

L’étude souligne que la compétitivité française repose sur des fondamentaux qualitatifs réels, mais fragmentés. Pour la filière agroalimentaire, l’enjeu dépasse la seule question des coûts : il s’agit d’aligner l’ensemble de la chaîne de valeur (qualité produit, innovation, logistique, services et prix), afin de restaurer une cohérence perçue par les acheteurs.

Dans un contexte de remontée des tensions commerciales et de mesures protectionnistes, la compétitivité hors-prix constitue un levier de résilience. Mais pour transformer cet avantage en parts de marché durables, le défi reste clair : réconcilier excellence qualitative et compétitivité économique.

ParLa rédaction
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